Queer[ed] Design

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Les guides de domesticité

Les guides de domesticité du début du XXe siècle accompagnent l'assignation des femmes bourgeoises à la sphère domestique. Quelques auteurs phare : Catharine Beecher est précurseur en 1851 (USA), puis suit Christine Frederick (USA, 1912) ou encore Paulette Bernège (France).

La femme au foyer

Le travail domestique est traditionnellement associé aux femmes ; par conséquent, les femmes sont souvent confinées symboliquement à l'espace du foyer, par opposition aux hommes, qui ont prise sur l'espace public. Aujourd'hui, la femme au foyer constitue éventuellement le site d'une revendication (reclaim) avec le mouvement des Radical Homemakers.

Dirty Work racialisé

Les femmes ont progressivement accédé au travail salarié au XXe siècle, mais ce sont surtout les femmes blanches qui ont bénéficié de cette évolution. Le travail domestique, source de conflit dans le couple est "reversé" à une aide racialisée majoritairement composé de femmes racialisées précaires (immigrantes, sans-papières)

Le sac à main

Le sac à main est par excellence féminin, ce qui peut producteur de comportements et remarques discriminatoires — et pas seulement pour les femmes. Le cas du "man purse montre qu'il est difficile pour des personnes se situant comme hommes de s'approprier ces codes féminins Par ailleurs, des journalistes ont récemment comparé la taille des poches sur les pantalons "homme" et pantalons "femme", pour découvrir que les poches des femmes sont souvent inutilisables car cousues, trop petites...Le backlash a été aussi violent que le sujet peut paraître anodin au premier abord .

Second Shift

Concept développé par Arlie Horschild qui renvoie à la "double journée" des femmes insérées sur le marché du travail, qui continuent néanmoins à assurer l'essentiel des tâches domestiques à leur domicile partagé avec leur compagnon/mari.

"An Angel in the House"

Au tournant du XXe siècle, la femme devient la présence tutélaire mais en même temps discrète qui veille sur la cellule familiale. Cette association féminité / service / invisibilité est aussi celui de la domesticité employée, et sera plus tard celui des nouveaux majordomes.

Les Arts Ménagers

La femme au foyer est façonnée dans les imaginaires comme une "homemaker" ; son travail gratuit, invisible, est facilité matériellement et construit dans les imaginaires à l'articulation d'un ensemble d'objets, dispositifs techniques... l'aidant dans les tâches ménagères.

Partage des tâches

Sujet récurrent dans les discours féministes comme dans les média grand public, le partage des tâches reste inéquitable en ce début de XXIe siècle. En 2010, les hommes assurent 1h17 de travaux domestiques quotidiens contre 2h59 en moyenne pour les femmes.

Le continuum de l’échange économico-sexuel

Ce concept, développé par Paola Tabet, pointe la dimension paradigmatique de l'échange tarifé entre travailleuse du sexe et client. Il peut permettre d'éclairer le travail gratuit de la femme au foyer, dans lequel on peut inclure les relations sexuelles que le mari peut solliciter auprès de sa femme, au même titre que l'entretien du logis (le fameux "devoir conjugual").

To-be-looked-at-ness

Ce concept de Laura Mulvey émerge dans le contexte de ses analyses à propos du cinéma hollywoodien. Mulvey pose (bien qu'elle nuancera par la suite) que les personnages féminins au cinéma sont définis par leur être-regardée tandis que les hommes possèdent le regard et la position active dans la fiction qui accompagne ce contrôle.

Complexe mode-beauté

Sandra Lee Bartky définit ce complexe en le rapprochant avec le complexe militaro-industriel dans Femininity & Domination (1990). Ce système culturel et économique repose sur la glorification de la beauté féminine et sa contemplation narcissique. Ce faisant, il contribue à isoler la beauté comme horizon unique d'accomplissement des femmes.

La féminité

La féminité peut être comprise comme un script. Un script de genre implique qu'un ensemble d'individu/e/s, par ce qu'ils/elles possèdent un ensemble de caractéristiques sexuées, doivent correspondre à un ensemble d'attentes physiques et comportementales (corps, voix, gestes, vêtements, attitudes, parole). Sandra Lee Bartky explique que les rituels de la féminité sont ensuite soumis à la validation et l'approbation par les pairs.

Il faut souffrir...

...pour être belle. Il s'agit là d'une des mythologies associées à l'obligation de beauté imposée aux femmes. Sandra Lee Bartky analyse combien cette injonction crée une temporalité féminine particulière, où tout l'espace mental, et parfois physique est envahi par cette nécessité.

Domination masculine

Pierre Bourdieu détache ce concept en 1998 dans son ouvrage du même nom. Un des effets de la domination masculine, en sus de la marginalisation produite à l'endroit des femmes tend à essentialiser celles-ci du côté du genre. Les hommes représentent une norme transparente, qu'il n'est pas besoin de nommer (le football) tandis que les femmes seront constamment renvoyés à leur sexe/genre (le football sera donc dit féminin dans notre exemple).

Les rasoirs Philips

Madeleine Van Ost analyse l'évolution du design des rasoirs Philips au XXe siècle. Elle remarque que la production de rasoirs spécifiquement féminins s'est accompagnée de l'invisibilisation de la technique sur les produits — la technique étant codée comme masculine. Ce type d'objets contribue, en filigrane, à construire l'idée de l'incompétence technique féminine.

La minification

L'idée de minification renvoie dans le cours à l'ensemble des discours et représentations qui tendent à rendre tout ou partie du corps de la femme plus petit : régimes, chirurgie esthétique, définitions de comportements adaptés (voix, place dans les transports)... Cette réduction globale des attributs féminins va dans le sens d'un effacement, voire d'une disparition de l'espace public.

Principe de la Schtroumpfette

Isolée par la poète Katha Pollitt en 1991, cette expression désigne le phénomène à l'oeuvre dans nombre de fictions, où un ensemble de personnages masculins est représenté (avec ses diversités) face à un personnage féminin unique et défini d'abord, et avant tout, par son sexe/genre.

Planches anatomiques

Les planches anatomiques, et plus précisément les ouvrages de biologie destinés aux enfants, tendent à normaliser la compréhension d'une humanité strictement divisée entre deux sexes. Ces manuels associent fréquemment des caractéristiques claires aux petites filles et petits garçons représentés dans leur planche. La différence sexuelle est souvent résumée à l'appareil génital.

Échelle de Kinsey

John Kinsey publie en 1948 l'ouvrage Sexual Behavior in the Human Man. Il y démonte entre autres l'idée d'une orientation sexuelle strictement hétérosexuelle ou homosexuelle, en définissant 6 degrés séparant ces deux comportements — certes encore pensés comme homogène. Si depuis Kinsey a été très critiqué, et si d'autres échelles (échelle de Klein) ont été pensées, il reste néanmoins une personnalité majeure de l'histoire de la sexologie.

Intersexualité

La médecine désigne comme "intersexes" ou "intersexués" ceux/celles qui n'ont pas de sexe directement identifiable / assignable à la naissance. Comme l'explique Anne Fausto-Sterling, l'absence ou la co-présence de tout ou partie des caractères sexuels habituels empêche d'appliquer une identité genrée, ce qui peut expliquer la panique sociale qui entoure les intersexué/e/s et la construction d'un discours médical qui maintient la notion d'un "bon" sexe qu'il faudrait découvrir, suivi d'une correction hormonale et chirurgicale, souvent remise en question par les associations d'intersexué/e/s.

Le placard

Comme le fait d'être un homme, être hétéro relève d'une forme de transparence, car cela constitue le cas "normal", attendu - toute déviation du script est comprise comme une déviance. Même lorsque l'homosexualité est tolérée / acceptée, elle est comprise comme une identité devant se dire, dans une nouvelle performance qu'est le "coming out" (sous-entendu of the closet, soit du secret auquel a longtemps contraint, et contraint encore le fait de se vivre et/ou de s'identifier comme homosexuel/lesbienne.

Alterbiologie

Thierry Hoquet défend l'idée d'une "alterbiologie" qui permettrait de décentrer la question du sexe assigné, souvent déterminé à partir des caractéristiques génitales apparentes. Hoquet plaide pour un sexe qui se définisse à l'intersection du "sexe chromosomique", du "sexe gonophorique", du "sexe périnéal", du "sexe germinal", du "sexe hormonal" et du "sexe psychique ou libidinal".

Usage des PGP

L'acronyme "PGP" signifie "Prefered gender pronouns". Il désigne un ensemble de pronoms pouvant être utilisés comme substitut à la place des habituels il/elle. "Ze", "They" ou encore "Spivak" sont utilisés en anglais et revendiqués par un ensemble varié de personnes pour qui les pronoms traditionnels sont insuffisants ou erronés dans la représentation de leur identité de genre : personnes intersexes, trans, genderfluid, agenré*s, ...

PIV

PIV est un acronyme renvoyant à l'expression "Penis in Vagina", soit "penis dans un vagin". Il s'agit de la forme la plus normalisée de sexualité, en lien direct avec le script hétéronormé qui présuppose que les individu/e/s sont hétérosexuels par défaut. Cette typologie d'acte comme acte central et incontournable de la sexualité a notamment été renforcée par les travaux de Masters & Johnson.

Avatars "virtuels"

Les cyberféministes ont vu dans le web émergeant un moyen d'horizontaliser les relations interpersonnelles, un espace pour que s'expriment des voix dissidentes. Cependant, ces espaces dits virtuels reproduisent les partages spatiaux traditionnels, et les joueuses de jeu vidéo, professionnelles ou non, sont fréquemment victimes de harcèlement. Les cyberespaces sont des lieux où une plus grande représentabilité en termes de sexe/genre, classe, race, orientation sexuelle, types physiques, validité... doit encore être réalisée. Les outils du numérique, notamment par la réinvention identitaire qu'ils peuvent occasionner, peuvent être un levier pour lever les binarités et déconstruire les discriminations.

Andro-chair

L'andro-chair (andro-chaise) a été développée par les chercheuses Karin Ehrnberger, Cristine Sundbom, Anne-Christine Hertz & Emma Börjesson. Elles ont en effet conçu une chaise permettant de reconstruire, pour les hommes, l'expérience de l'examen gynécologique pour les femmes (inconfort, gêne, exposition). Très critiqué, ce dispositif permet néanmoins de faire partager, par le design critique, une expérience largement invisibilisée.

The cyborg

La/le cyborg se définit comme un/e être requalifié/e par les technologies mécaniques, robotiques et/ou de l'intelligence artificielle. Donna Haraway, dans son très célèbre texte de **** en fait un noeud de sa réflexion. Capable de brouiller les frontières nature/technique, actif/passif, vrai/faux, masculin/féminin, etc., le cyborg est on mythe politique qui a par la suite servi de base à de nombreux développements du féminisme de la fin du XXe siècle.

Autonomie gynécologique

La gynécologie participe d'un dispositif de santé appelé à aider les femmes avec leur sexualité et leur capacité reproductive. Cependant, la discipline médicale régule également les comportements des "biofemmes" (Preciado, 2008) vis-à-vis de leur corps, et les procédés qui sont utilisés (visite obligatoire pour le pilule, distribution de certaines hormones plutôt que d'autres, typologies d'examen...) procèdent d'un cadrage qui peut être réducteur, enfermant ou même souffrant. L'autonomie gynécologique se construit par le biais d'une information stratégique incitant les biofemmes (et les personnes les entourant) à reprendre le contrôle sur leur corps, que ce soit en termes de reprédentations ou de réalité physique.

Hormono-design [2]

La biologie hormonale peut aussi être un lieu de résistance (voir Hormono-Design [1], fiche 4.07). Nos environnements sont saturés de polluants qui agissent comme des perturbateurs endocriniens et participent à une composition discrète de nos subjectivités. Une approche environnementale peut ainsi recouper nos lignes queer.

La pilule

Créée dans les années 50 et légalisée et diffusée en 1967 en France, la pilule contraceptive, qui se présente sous la forme d'une plaquette de 21 ou 28 comprimés, constitue le lieu d'un design précis analysé par Paul B. Preciado dans Testo Junkie. Preciado rapproche le design circulaire de la pilule du plan du panopticon de Bentham, en puisant dans l'analyse de la biopolitique que pose Foucault dans Surveiller et Punir (****). Le dispositif de contrôle n'est plus externe aux corps, mais il devient ingéré par eux.

Hormono-design [1]

Cette piste est largement inspirée par le Testo Junkie de Paul B. Preciado. Cet ouvrage, décrit par son auteur comme une "fiction autopolitique ou une autothéorie" décrit la prise stratégique de testostérone pour une biofemme. Les hormones sont comprises comme le terrain pharmacologique d'une réappropriation du vivant comme du corps construit, édité par l'ajout de prothèses (dildos, etc.)